Patois de Chevenez

Marianne Chapuis (-Valley, 20.06.1952)

Enquête à Porrentruy le 20 mars 2026 (73 ans).

Marianne est née et a grandi à Chevenez, avant de déménager à Porrentruy. Elle a travaillé en tant que couturière, puis dans un home.

Même si elle répondait surtout en français, certains membres de sa famille, surtout sa grand-mère, se sont toujours adressés à elle en patois. Elle a continué d’être au contact de cette langue par certains résidents dans les homes.

Alors je m’appelle Marianne « Maiyanne » Chapuis-Valley, je suis une fille Valley. Je viens de Chevenez ; depuis que je suis mariée, j’habite à Porrentruy. J’ai deux enfants, six petits-enfants. J’ai appris le patois avec mon père et puis ma grand-mère : ils me parlaient tout patois, et puis c’est ainsi que je l’ai appris, je ne l’ai jamais beaucoup parlé.

Jeanne « Jeannette » Crelier (‑Nicoulin, 06.06.1933)

Enquête à Chevenez les 15 et 21 novembre 2025 (92 ans).

Jeanne n’a jamais quitté son village d’origine, Chevenez, qu’elle aime profondément. Elle a d’abord travaillé dans une usine de pierre fine avant de se consacrer, après son mariage, au commerce de vin.

Ses parents ne parlaient français qu’avec les gens qu’ils ne connaissaient pas. Ainsi, Jeanne a toujours baigné dans le patois, même si elle répondait en français. Elle a plus tard fait partie de l’Amicale des patoisants d’Ajoie, où elle chanté et joué des pièces de théâtre.

Je m’appelle Jeanne, mais y en a qui me disent « Jeannette ». Je suis née le 6 juin 33 – il y déjà deux-trois années hein ! – à Chevenez. J’étais une Nicoulin de Chevenez, puis j’aime toujours ce village : j’ai toujours habité à Chevenez, je suis venue habiter ici [dans cette maison] quand je me suis mariée avec un Chevenez. Nous tenions un commerce de vin. Mon homme, il est venu aux patoisants avec moi, en 85, nous étions déjà au patois les deux et puis il est mort l’année après, et puis moi je suis restée ici, dans la maison, en bas, c’était la cave. Eh bien, je suis née à Chevenez et puis j’y reste tout le temps, et puis je vais mourir à Chevenez ! Rires. Mais je ne suis pas pressée. J’étais entourée de tout des gens en patois, qui parlaient patois. Ma maman, elle me disait : « on ne pouvait pas parler parler patois à l’école, si on parlait patois, on avait une punition. » Lui [mon père], il savait très bien le patois, parce qu’il avait… on avait beaucoup de gens qui venaient ici et puis ils parlaient patois. Et puis il me disait : « nous allons parler patois. » Je lui ai dit : « non, non, non, c’est pour les vieux. » Voilà ma vie, quoi !

Joseph Beuret (14.02.1927)

Enquête à Delémont les 11 avril et 17 octobre 2025 (98 ans).

Joseph, originaire de Soubey, a vécu à Chevenez jusqu’à ses 24 ans, où il était sellier-tapissier. Il a ensuite déménagé à Delémont pour exercer le métier de policier.

Il a appris le patois surtout avec sa grand-mère et ses voisins dont il gardait les bêtes, qui ne parlaient pour ainsi dire que patois.

Joseph, Joseph Beuret. Eh bien, je suis né le 14 février 1927 à Chevenez. J’avais douze ans que j’allais travailler chez deux voisins, c’étaient… deux frères, et puis il y avait du travail pour un gosse de douze ans : je pouvais déjà conduire les chevaux, râteler quand on chargeait le foin et puis garder quatre vaches l’automne. Et puis là, ils parlaient, on peut dire, tout patois. Quand ils parlaient de moi avec mon père, ils disaient : « notre petit Joseph », et puis mon père disait : « ouais mais, je crois que c’est encore le nôtre ! » Il y avait la grand-mère qui parlait tout patois.