La lente disparition des patois

Que ce soit des articles de journal ou des commentaires linguistiques, plusieurs sources font état de la vitalité des patois à différentes époques.

1896

[…] le patois n’est plus employé que par les septuagénaires. Parcourez les districts protestants du Jura bernois, et vous serez des jours sans entendre un seul mot de cet idiome. Les jeunes gens ne le connaissent que par ouï-dire. En pays catholique, les instituteurs rivalisent de zèle pour l’enrayer, le détruire ; dans cinquante ans, il aura disparu complètement.1

1904

La vitalité du patois est très variable suivant les régions dans le Jura bernois. Dans la partie nord, notamment en Ajoie et dans les Franches-Montagnes, l’ancien idiome est encore assez vivace ; dans la vallée de Delémont, son emploi est déjà plus restreint, sauf dans les villages reculés du Val Terbi et du plateau de Pleigne. Dans toutes les régions industrielles du sud, notamment dans le vallon de Saint-Imier et dans la Prévôté, le patois a presque totalement disparu et les patoisants se font de plus en plus rares au sud de la chaîne de Chasseral et du Monto[z].2

1942

Dans le Jura, ce sont en effet les districts protestants de Courtelary et de Moutier qui cèdent d’abord à l’influence de la langue littéraire. La Montagne de Diesse conserve cependant encore quelques restes du patois. Pas pour longtemps. Actuellement dans tout le sud du Jura on n’en découvre que chez des gens âgés, dans des localités ou dans des fermes isolées. Aux Franches-Montagnes, il en est presque de même et on ne l’emploie que rarement dans la conversation. Il n’y a que l’Ajoie et la vallée de Delémont qui continuent à s’en servir, sans qu’on puisse dire qu’il y soit florissant. Les paysans discutent encore leurs affaires en patois, mais ils parlent français à leurs enfants.3

1945

Le patois a disparu du Jura méridional et de villes et de bourgs du Jura septentrional où pourtant, il y a un siècle a peine, on l’employait régulièrement. II n’est plus en usage, aux Franches-Montagnes, que dans quelques îlots mais il se maintient dans la vallée de Delémont, le Val Terbi, les Clos-du-Doubs et la Courtine de Bellelay. Il se corrompt toutefois, se francise et perd toujours
plus de terrain.4

1950

Die alten Mundarten sind heute (1950) in dem industrialisierten Jura (dist. Moutier und Saint-Imier) fast völlig ausgestorben, dagegen sind die “patois noch lebendig in den Franches-Montagnes und besonders in der Ajoie.5

Les anciens parlers ont aujourd’hui (1950) presque totalement disparu dans le Jura industrialisé (dist. de Moutier et de Saint-Imier), par contre les « patois » sont encore vivants dans les Franches-Montagnes et surtout en Ajoie.

1966

1969

Lors de mon enquête de 1969, le dialecte était encore assez généralement connu, dans certaines communes des Franches-Montagnes, parmi les personnes âgées de plus de quarante ans environ, mais la transmission aux jeunes générations avait cessé.

2023

Par conséquent, à l’heure actuelle, quelque cinquante ans plus tard, les locuteurs natifs sont devenus très rares […]. Ce qui existe encore, ce sont certains « néo-patoisants » qui ont appris le franc-comtois tardivement, pour des raisons idéologiques, ou simplement au contact avec les vieilles personnes.6

  1. (1896). « Chronique neuchâteloise. La fin des patois romands », L’Impartial 4695. A. Courvoisier, La Chaux-de-Fonds, p. 3. ↩︎
  2. Louis Gauchat, Jules Jeanjaquet, Ernest Tappolet (1925). Tableaux phonétiques des patois suisses romands. Relevés comparatifs d’environ 500 mots dans 62 patois-types. P. Attinger, Neuchâtel, p. 168. En ligne : https://tppsr.clld.org/. ↩︎
  3. Louis Gauchat (1942). « L’État actuel des patois romands », Der Geistesarbeiter/Le travailleur intellectuel 21. Zurich, p. 2. ↩︎
  4. Jules Surdez (1986). « Préface », Simon Vatré, Glossaire des patois de l’Ajoie et des régions avoisinantes, Société jurassienne d’émulation, Porrentruy, p. II. ↩︎
  5. Jakob Jud (1950). « Gutachten zur Dissertation von Robert Jolidon über : Le patois de Saint-Brais (Franches Montagnes, Jura bernois)», Promotionsakte Robert Jolidon (U 109.7.1907). Staatsarchiv, Zurich, p. 1. ↩︎
  6. Andres Kristol (2023). Histoire linguistique de la Suisse romande, Alphil-Presses universitaires suisses, Neuchâtel, vol. 3, p. 676 – 7. ↩︎