Enquête à Chevenez les 15 et 21 novembre 2025 (92 ans).
Jeanne n’a jamais quitté son village d’origine, Chevenez, qu’elle aime profondément. Elle a d’abord travaillé dans une usine de pierre fine avant de se consacrer, après son mariage, au commerce de vin.
Ses parents ne parlaient français qu’avec les gens qu’ils ne connaissaient pas. Ainsi, Jeanne a toujours baigné dans le patois, bien qu’elle leur répondît en français. Elle a plus tard fait partie de l’Amicale des patoisants d’Ajoie, où elle chanté et joué des pièces de théâtre.
Je m’appelle Jeanne, mais y en a qui me… disent « Jeannette ». Je suis née le 6 juin 33 – il y déjà deux-trois années hein ! – à Chevenez. J’étais une Nicoulin de… Chevenez, puis j’aime toujours ce… village : j’ai toujours habité à Chevenez, je suis venu ici [dans cette maison] quand je me suis mariée avec un Chevenez. Nous tenions un commerce de… vin. Mon homme, il est venu aux patoisants avec moi, en… 85, nous… étions au patois les deux et puis il est mort l’année après, et puis moi je suis restée ici, dans la maison, en bas, c’était la cave. Eh bien, je suis née à Chevenez et puis j’y reste tout le temps, et puis je vais mourir à Chevenez ! Rires. Mais je ne suis pas pressée. J’étais entourée de tout des gens en patois, qui parlaient patois. Ma… maman, elle me disait : « on ne pouvait pas parler parler patois à l’école, si on parlait patois, on avait une punition. » Lui [mon père], il savait très bien le patois, parce qu’il avait… on avait beaucoup de gens qui venaient ici et puis ils parlaient patois. Et puis il me disait : « nous allons parler patois. » J’ai dit : « non, non, non, c’est pour les vieux. » Voilà ma… vie, quoi !